Environ 60 à 70 % des Canadiens souffriront d’hémorroïdes à un moment de leur vie, selon les données de Brunet. Pourtant, peu de gens savent que ces structures sont normalement présentes dans l’organisme et qu’elles ne deviennent problématiques qu’à partir d’un certain stade. Ce guide présente les traitements disponibles, des remèdes maison aux procédures médicales, en passant par la gestion spécifique pendant la grossesse et les soins après intervention. Vous trouverez aussi des repères clairs pour savoir quand consulter un professionnel de la santé plutôt que d’attendre que la situation s’améliore d’elle-même.
Ce que personne ne vous dit : les hémorroïdes ont un rôle utile
Le mot « hémorroïde » désigne souvent une maladie, mais en réalité, les coussinets hémorroïdaux sont des structures anatomiques normales. Ils tapissent le canal anal et sont composés de tissu conjonctif, de fibres musculaires lisses et de vaisseaux sanguins. Leur rôle est concret : ils contribuent à la continence anale fine, c’est-à-dire à la capacité de distinguer les gaz des selles et de retenir le contenu intestinal en toutes circonstances. Ces coussinets se gonflent légèrement lors des efforts de retenue et se dégonflent au moment de la défécation. Tout le monde en possède. Ce n’est pas leur présence qui est pathologique, mais leur gonflement excessif, leur prolapsus ou leur thrombose.
Cette distinction est importante : elle explique pourquoi tous les coussinets hémorroïdaux gonflés ne nécessitent pas un traitement actif, et pourquoi un traitement trop agressif peut parfois nuire à la continence.
Quand une hémorroïde devient-elle pathologique ?
Pour les hémorroïdes internes, la classification de Goligher est l’outil de référence clinique. Elle comporte quatre stades : au stade I, les coussinets sont gonflés mais restent dans le canal anal. Au stade II, ils prolabent lors d’un effort puis rentrent spontanément. Au stade III, ils prolabent et doivent être repoussés manuellement. Au stade IV, ils sont irréductibles. Les stades I et II se traitent généralement par des mesures conservatrices. Les stades III et IV peuvent justifier une intervention médicale plus ciblée. Un inconfort passager après un épisode de constipation ne correspond pas automatiquement à une pathologie nécessitant une procédure.
Reconnaître les symptômes des hémorroïdes externes
Les hémorroïdes externes se forment sous la ligne dentelée du canal anal, dans une zone richement innervée. Elles sont donc souvent plus douloureuses que leurs homologues internes. Les symptômes les plus fréquents incluent une douleur ou une sensation de brûlure autour de l’anus, des démangeaisons persistantes, une tuméfaction visible ou palpable, et parfois du sang rouge vif sur le papier hygiénique. Lorsqu’un caillot se forme à l’intérieur d’une hémorroïde externe — ce qu’on appelle une thrombose hémorroïdaire — la douleur peut devenir intense et soudaine. Cette thrombose se reconnaît à la présence d’une bosse dure, bleutée et très sensible à la marge anale. Elle n’est pas dangereuse, mais elle justifie une consultation rapide pour évaluer si un geste de drainage est indiqué.
Causes et facteurs qui favorisent les crises
La constipation chronique et les efforts répétés lors de la défécation sont les premiers facteurs identifiés. La pression exercée sur les vaisseaux pelviens fragilise les coussinets hémorroïdaux au fil du temps. La sédentarité prolongée, une alimentation pauvre en fibres, un apport hydrique insuffisant et le surpoids contribuent également. La grossesse est un facteur à part, traité dans une section dédiée. Certains épisodes de diarrhée intense peuvent aussi irriter la région anale et déclencher une crise hémorroïdaire, même chez des personnes habituellement peu touchées.
Soulager une crise à domicile : les mesures qui fonctionnent
Le bain de siège
Le bain de siège consiste à tremper la région anale dans de l’eau tiède pendant 10 à 15 minutes, deux à trois fois par jour. Cette mesure simple réduit la tension musculaire locale, favorise la circulation et atténue la douleur et les démangeaisons. Selon les recommandations publiées par Oxford University Hospitals (Voir), l’eau tiède sans additif est suffisante. L’ajout de sel d’Epsom est populaire, mais les données actuelles ne permettent pas de confirmer un bénéfice supplémentaire par rapport à l’eau seule.
Hygiène douce et compresses froides
Un nettoyage délicat après chaque selle, avec de l’eau tiède et sans savon parfumé, limite l’irritation. Les lingettes non parfumées et non alcoolisées peuvent remplacer le papier toilette lors des épisodes aigus. Des compresses froides appliquées quelques minutes réduisent temporairement l’œdème et la douleur. Éviter de rester assis trop longtemps, notamment aux toilettes, limite la pression sur les coussinets hémorroïdaux.
Produits en pharmacie : crèmes, pommades et suppositoires
Plusieurs produits sont disponibles sans ordonnance. Les crèmes et pommades topiques contiennent généralement des agents astringents (comme l’hamamélis ou l’oxyde de zinc), des anesthésiques locaux (comme la pramoxine) ou des anti-inflammatoires légers. Elles soulagent les démangeaisons et la douleur en surface. Les suppositoires agissent davantage à l’intérieur du canal anal, ce qui les rend plus adaptés aux hémorroïdes internes symptomatiques. Les corticoïdes topiques, plus puissants, nécessitent une ordonnance et ne doivent pas être utilisés plus de quelques jours consécutifs. Votre pharmacien peut vous orienter vers le format le mieux adapté à vos symptômes, sans rendez-vous.
Les veinotoniques oraux, comme la diosmine ou la troxérutine, sont parfois utilisés pour réduire l’engorgement veineux. Les données cliniques sur leur efficacité sont variables selon les études.
Procédures médicales peu invasives pour les hémorroïdes persistantes
Lorsque les mesures conservatrices ne suffisent pas, plusieurs procédures ambulatoires sont disponibles. La ligature élastique (ou banding) est la plus courante pour les hémorroïdes internes aux stades II et III : un élastique est posé à la base du coussinet pour en couper l’irrigation sanguine. La sclérothérapie consiste à injecter une solution sclérosante pour réduire l’afflux sanguin. La photocoagulation infrarouge brûle le tissu hémorroïdaire avec un faisceau de chaleur. Ces trois procédures se pratiquent généralement en clinique, sans anesthésie générale, et permettent un retour rapide à la maison le jour même.
Ce à quoi s’attendre après une ligature élastique
Les suites d’une ligature élastique sont peu documentées dans les guides grand public, alors que de nombreux patients ont des questions précises après la procédure. Selon plusieurs établissements de santé britanniques (Royal Devon NHS, ESHT NHS), voici ce qui est généralement observé :
- Premiers jours : une sensation de pression ou d’inconfort dans le rectum est normale. Une légère envie d’aller à la selle peut se manifester dans les 24 premières heures. Du paracétamol est habituellement suffisant pour gérer la douleur.
- Jours 5 à 10 : l’élastique tombe avec le tissu hémorroïdaire, souvent sans que la personne s’en aperçoive. Un léger saignement est possible à ce moment — c’est attendu.
- Signaux d’alarme : un saignement abondant, une douleur sévère ne répondant pas aux analgésiques, de la fièvre ou des difficultés à uriner justifient un contact rapide avec l’équipe médicale, voire une consultation urgente.
Il est recommandé d’éviter les efforts physiques intenses le jour même de la procédure et d’adopter une alimentation riche en fibres pour faciliter les selles sans straining (Bedfordshire NHS). La reprise des activités normales est généralement possible dans les 24 à 48 heures suivant la procédure.
Comparer les procédures selon la récupération attendue
La sclérothérapie entraîne généralement moins d’inconfort que la ligature, mais son taux de récidive à long terme est plus élevé. La photocoagulation infrarouge est souvent bien tolérée, avec un retour aux activités très rapide, mais elle est davantage indiquée pour les stades I et II. Après une ligature, la période d’inconfort dure de quelques jours à deux semaines selon les personnes. Pour la chirurgie ouverte (hémorroïdectomie), la récupération est significativement plus longue — plusieurs semaines — et le contexte post-opératoire diffère des procédures ambulatoires (EKHUFT NHS).
Hémorroïdes pendant la grossesse : traitements sûrs et précautions
La grossesse est l’un des contextes où les hémorroïdes apparaissent ou s’aggravent le plus fréquemment. La pression exercée par l’utérus sur les veines pelviennes réduit le retour veineux, favorisant le gonflement des coussinets hémorroïdaux. La constipation hormonale — liée à la progestérone qui ralentit le transit — aggrave la situation. Lors de l’accouchement, les efforts expulsifs représentent un épisode de pression intense supplémentaire. La période post-partum est également propice aux crises, en raison des poussées lors de l’accouchement et du temps de guérison des tissus périnéaux (Santé Canada).
Selon Santé Canada, les conseils de base pendant la grossesse et le post-partum comprennent : bouger régulièrement, boire suffisamment d’eau, éviter de forcer lors des selles et se nettoyer de l’avant vers l’arrière.
Quels traitements sont acceptables pendant la grossesse ?
Les bains de siège à l’eau tiède et les compresses froides restent les options les plus sûres à tous les trimestres. Du côté des produits topiques, l’oxyde de zinc et la pramoxine sont généralement considérés comme acceptables sous supervision médicale. En revanche, les vasoconstricteurs (comme la phényléphrine présente dans certaines crèmes) sont à éviter pendant la grossesse en raison d’un risque potentiel sur la circulation sanguine. La lidocaïne à forte concentration est également déconseillée, particulièrement au premier trimestre. Les corticoïdes topiques ne doivent pas être utilisés sans avis médical explicite. Avant tout traitement, même sans ordonnance, il est fortement recommandé de consulter son médecin ou sa sage-femme, ou de composer le 811 pour obtenir un conseil rapide.
Éviter les récidives : habitudes durables
Une alimentation riche en fibres (légumes, légumineuses, grains entiers) et un apport hydrique suffisant — généralement autour de 1,5 à 2 litres d’eau par jour — réduisent la constipation et les efforts lors des selles. L’activité physique régulière favorise la motilité intestinale. Aux toilettes, il vaut mieux répondre à l’envie sans attendre, ne pas s’y attarder et éviter de porter des objets lourds dans les jours suivant une crise. Ces ajustements simples sont ceux sur lesquels les professionnels de santé s’accordent le plus largement.
Quand faut-il consulter un professionnel de la santé ?
Certains signes nécessitent une évaluation médicale sans délai : tout premier épisode de saignement anal (à ne pas attribuer automatiquement à une hémorroïde), une douleur intense et soudaine évoquant une thrombose, de la fièvre, ou des symptômes qui persistent au-delà de sept jours malgré un traitement sans ordonnance. Une douleur qui empire plutôt que de s’améliorer est également un motif de consultation. Votre pharmacien peut vous aider à évaluer la situation et vous orienter, ou vous pouvez composer le 811 pour parler à une infirmière d’Info-Santé.
Questions fréquentes sur le traitement des hémorroïdes
Combien de temps durent les hémorroïdes selon leur stade ?
La durée varie selon le stade, le type (interne ou externe) et le traitement appliqué. Un épisode aigu avec mesures conservatrices peut se résorber en quelques jours à deux semaines. Les hémorroïdes récurrentes ou aux stades avancés (III-IV selon Goligher) peuvent persister sans intervention ciblée. Consultez un professionnel pour une évaluation adaptée à votre situation.
Quand les symptômes doivent-ils disparaître avec un traitement sans ordonnance ?
En l’absence de complication, une amélioration notable est généralement attendue en 5 à 7 jours avec des mesures conservatrices bien appliquées. Si les symptômes persistent au-delà de 7 jours ou s’aggravent, une consultation médicale est recommandée plutôt que de prolonger l’automédication.
Quels traitements contre les hémorroïdes sont sûrs pendant la grossesse ?
Les bains de siège à l’eau tiède et les compresses froides sont sûrs à tous les trimestres. L’oxyde de zinc et la pramoxine topique sont généralement acceptables sous supervision. Les vasoconstricteurs, la lidocaïne à haute dose et les corticoïdes topiques nécessitent un avis médical avant usage. Consultez votre médecin ou composez le 811.
Pourquoi les femmes enceintes sont-elles plus vulnérables aux crises hémorroïdaires ?
La pression de l’utérus sur les veines pelviennes réduit le retour veineux et favorise le gonflement des coussinets hémorroïdaux. La progestérone ralentit le transit intestinal, aggravant la constipation. Les efforts lors de l’accouchement constituent un facteur déclenchant supplémentaire. Le post-partum reste une période à risque élevé.
Crèmes, pommades ou suppositoires : quel format choisir selon vos symptômes ?
Les crèmes et pommades sont plus adaptées aux symptômes externes (démangeaisons, douleur à la marge anale). Les suppositoires agissent à l’intérieur du canal anal et conviennent mieux aux hémorroïdes internes. En cas de symptômes mixtes, votre pharmacien peut recommander une combinaison ou un produit polyvalent.
Traitements oraux vs traitements locaux : quelle différence pour les hémorroïdes ?
Les traitements locaux (crèmes, suppositoires) agissent directement sur le tissu hémorroïdaire pour soulager douleur et inflammation en surface. Les traitements oraux (veinotoniques comme la diosmine) visent à améliorer le tonus veineux de manière systémique. Ils sont souvent complémentaires. Les données sur l’efficacité des veinotoniques oraux varient selon les études disponibles.
En résumé
Les hémorroïdes sont des structures normales qui deviennent problématiques dans certaines conditions. La grande majorité des épisodes se règle avec des mesures conservatrices simples : bains de siège, hygiène douce, ajustements alimentaires et produits sans ordonnance adaptés au type de symptômes. Lorsque ces approches ne suffisent pas, des procédures médicales peu invasives existent, avec des suites généralement légères et une récupération rapide. Pendant la grossesse, un avis professionnel est indispensable avant tout traitement. Ne laissez pas un premier saignement sans évaluation médicale — ce n’est pas une urgence dans la majorité des cas, mais c’est un signe qui mérite attention.
Cet article est publié à titre informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de la santé. Pour toute question concernant votre situation, consultez votre médecin ou votre pharmacien, ou joignez Info-Santé au 811.