Au Canada, les maladies respiratoires chroniques touchent des millions de personnes, et selon l’Institut canadien d’information sur la santé, le taux d’hospitalisations pour des maladies respiratoires évitables par la vaccination a plus que doublé en 2024-2025 par rapport aux niveaux d’avant la pandémie. Pourtant, beaucoup de personnes atteintes naviguent encore sans information claire sur leur condition. Ce guide rassemble l’essentiel pour comprendre les principales maladies respiratoires — causes, symptômes, modes de transmission, traitements et stratégies d’autogestion — qu’il s’agisse d’une infection aiguë ou d’une maladie chronique comme l’asthme ou la MPOC. Vous y trouverez aussi des sections sur l’asthme professionnel et les conséquences d’un asthme mal contrôlé, deux angles souvent absents des ressources courantes.
Qu’est-ce qu’une maladie respiratoire ?
Une maladie respiratoire est une affection qui perturbe le fonctionnement des voies aériennes ou des poumons. Selon Santé Canada, les maladies respiratoires chroniques les plus courantes incluent l’asthme, la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), le cancer du poumon, la fibrose pulmonaire, la mucoviscidose et l’apnée du sommeil. À celles-ci s’ajoutent les infections respiratoires aiguës comme la grippe, la COVID-19 et le virus respiratoire syncytial (VRS). La distinction entre forme chronique et forme infectieuse est importante : elle oriente directement la prise en charge et les ressources à consulter.
Reconnaître les symptômes courants
Les symptômes varient selon la maladie, mais certains signaux reviennent fréquemment. Une toux persistante, un essoufflement au repos ou à l’effort, une sensation d’oppression dans la poitrine, des sibilances (sifflements à la respiration) et une production excessive de mucus sont les principaux indicateurs. Une fièvre accompagnée de ces signes oriente davantage vers une infection respiratoire aiguë.
Certains symptômes justifient une consultation sans délai : douleur thoracique intense, lèvres ou ongles bleutés (cyanose), confusion soudaine ou incapacité à parler entre deux respirations. Dans ces cas, appelez le 911 plutôt qu’Info-Santé. Pour des symptômes moins urgents, le 811 permet d’obtenir une orientation rapide.
Les principales maladies respiratoires chroniques
L’asthme
L’asthme est une affection chronique des voies aériennes caractérisée par une inflammation, une hypersensibilité bronchique et une obstruction variable du débit aérien, selon la définition nosologique de l’INSPQ. Les symptômes incluent la dyspnée (difficulté à respirer), les sibilances, la toux et la sensation d’oppression. L’asthme est souvent déclenché par des allergènes, l’exercice physique, l’air froid ou la pollution. Il en existe plusieurs types : allergique, induit par l’exercice, d’apparition à l’âge adulte et professionnel.
La MPOC
La maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) regroupe la bronchite chronique et l’emphysème. Elle se caractérise par une obstruction progressive et souvent irréversible des voies aériennes. Selon l’Association pulmonaire du Canada, la MPOC est une maladie progressive qui s’aggrave avec le temps. Le tabagisme en est la principale cause, bien que l’exposition à des polluants professionnels ou environnementaux joue aussi un rôle. En 2025, Santé Canada a approuvé le dupilumab (Dupixent) comme traitement d’appoint pour certains adultes atteints de MPOC non adéquatement maîtrisée.
Les infections respiratoires : grippe, COVID-19 et VRS
Les infections respiratoires aiguës sont causées par des agents pathogènes — virus ou bactéries — qui atteignent les voies respiratoires. La grippe (influenza), la COVID-19 et le virus respiratoire syncytial (VRS) sont les plus surveillées au Canada. Selon le Rapport canadien de surveillance des virus respiratoires, ces trois infections font l’objet d’un suivi épidémiologique continu.
Le VRS, par exemple, a connu son pic québécois dans la semaine du 15 au 21 décembre 2024, avec un taux de positivité de 13,5 %, selon le Flash Grippe du MSSS. Ces données guident les décisions en matière de vaccination et de protection des populations à risque.
Comment se transmettent les maladies respiratoires infectieuses
Les maladies respiratoires infectieuses se transmettent principalement de deux façons : par contact direct avec une personne infectée (gouttelettes respiratoires, aérosols) et par contact indirect avec des surfaces contaminées. Selon Santé Canada, les mesures de protection incluent le port du masque en milieu à risque, une bonne ventilation des espaces intérieurs, l’hygiène des mains, l’étiquette respiratoire (tousser dans le coude) et l’isolement en cas de symptômes. La vaccination demeure la mesure préventive la plus documentée contre la grippe, la COVID-19 et désormais le VRS pour les populations ciblées.
Qui est le plus vulnérable ?
Certaines personnes présentent un risque accru de complications en cas d’infection ou de maladie respiratoire chronique mal contrôlée. Selon les lignes directrices fédérales, les groupes à risque élevé comprennent les personnes âgées, les nourrissons et jeunes enfants, les personnes immunodéprimées, les femmes enceintes et celles souffrant déjà d’une maladie chronique comme le diabète ou une affection cardiaque. Une maladie respiratoire préexistante augmente également la susceptibilité aux infections sévères.
Asthme professionnel : une réalité sous-estimée au travail
Qu’est-ce que l’asthme professionnel et qui est à risque ?
L’asthme professionnel est une forme d’asthme directement causée ou aggravée par l’exposition à des agents présents dans le milieu de travail. Il représente une part cliniquement significative de tous les cas d’asthme chez l’adulte. Selon l’INSPQ, l’équipe des maladies respiratoires reliées au travail assure la surveillance des maladies professionnelles pulmonaires et des expositions qui en sont la cause, dans un objectif de prévention.
Les travailleurs les plus exposés exercent dans des secteurs comme la boulangerie (farine), la coiffure (produits chimiques), la peinture au pistolet (isocyanates), les soins de santé (latex), l’agriculture (poussières organiques) et la fabrication industrielle. Ces professions impliquent une exposition répétée à des agents sensibilisants — substances qui, avec le temps, provoquent une réponse immunitaire exagérée des voies aériennes. Certains agents irritants non sensibilisants peuvent également déclencher ou aggraver un asthme existant par exposition massive ou répétée.
Comment diagnostiquer une maladie respiratoire liée au travail
Le diagnostic de l’asthme professionnel repose sur la corrélation entre les symptômes et les périodes de travail. Une amélioration notable durant les congés ou les vacances, suivie d’une recrudescence au retour, constitue un indice clinique important. La définition nosologique établie par l’INSPQ précise qu’un cas confirmé d’asthme d’origine professionnelle est reconnu par le Comité spécial des maladies professionnelles pulmonaires. Les outils diagnostiques incluent la spirométrie (mesure du débit aérien), les tests de provocation bronchique et la surveillance du débit expiratoire de pointe au travail et hors travail. Si une exposition professionnelle est suspectée, une orientation vers un pneumologue ou une clinique de santé au travail est recommandée — votre médecin de famille ou le 811 peut faciliter cette démarche.
Asthme non contrôlé : ce qui se passe quand on ne traite pas
Conséquences à long terme d’un asthme mal contrôlé
Un asthme non traité ou insuffisamment pris en charge n’est pas simplement inconfortable au quotidien : il peut entraîner des complications durables. Les crises répétées sollicitent les bronches de façon chronique, augmentent le risque d’hospitalisations et peuvent conduire à une dépendance aux corticostéroïdes oraux à haute dose. Sur le plan des comorbidités, les personnes atteintes d’asthme non contrôlé présentent un risque accru de rhinosinusite chronique, de reflux gastro-œsophagien, d’anxiété et de dépression — des conditions qui, en retour, compliquent encore la gestion de la maladie respiratoire elle-même.
La qualité de vie s’en trouve significativement affectée : absentéisme scolaire ou professionnel, limitation des activités physiques, perturbations du sommeil. Ces répercussions ne sont pas inévitables : elles sont largement évitables avec un traitement adapté et un suivi régulier.
Remodelage des voies aériennes : ce qui arrive aux poumons sans traitement
Le remodelage bronchique désigne les modifications structurelles permanentes des parois des voies aériennes qui surviennent en l’absence de traitement adéquat. L’inflammation chronique entraîne un épaississement de la paroi bronchique, une hypertrophie du muscle lisse, une hyperplasie des glandes mucipares et une fibrose sous-épithéliale. Ces changements réduisent progressivement le calibre des bronches de manière irréversible, ce qui fait perdre à l’asthme sa caractéristique principale : la réversibilité de l’obstruction. Les données actuelles suggèrent que des corticostéroïdes inhalés introduits tôt et utilisés régulièrement peuvent ralentir ce processus, bien que l’ampleur exacte de cet effet fasse encore l’objet de recherches.
Élaborer un plan d’action personnalisé pour l’asthme
Comment bâtir votre plan d’action
Un plan d’action pour l’asthme est un document personnalisé, élaboré avec un professionnel de la santé, qui décrit précisément quoi faire selon l’état des symptômes. Il repose généralement sur un système de trois zones : verte (asthme bien contrôlé, traitement habituel), jaune (symptômes qui augmentent, ajustement nécessaire) et rouge (crise, intervention immédiate requise). Chaque zone précise les médicaments à prendre, les doses et le moment d’appeler le 811 ou le 911.
Pour être utile au quotidien, le plan doit être mis à jour à chaque rendez-vous médical, affiché dans un endroit accessible et partagé avec les proches ou les intervenants scolaires. Le Réseau québécois d’éducation en santé respiratoire (RQESR) offre des services d’éducation pour aider les personnes atteintes à construire et à utiliser ce type de plan.
Utiliser le débitmètre de pointe pour surveiller votre respiration
Le débitmètre de pointe est un petit appareil portable qui mesure le débit expiratoire de pointe (DEP) — la vitesse maximale à laquelle l’air est expulsé des poumons. Utilisé quotidiennement, il permet de détecter une détérioration de la fonction respiratoire avant même l’apparition de symptômes marqués. La valeur personnelle de référence (meilleure valeur obtenue en période de bonne santé) sert de base pour déterminer les zones du plan d’action. Une baisse du DEP à 50-80 % de la valeur de référence signale la zone jaune ; en dessous de 50 %, la zone rouge. Votre médecin ou un éducateur en santé respiratoire peut vous montrer la technique correcte d’utilisation.
Traitements et autogestion des maladies respiratoires
La prise en charge des maladies respiratoires chroniques repose sur deux piliers : les médicaments et l’autogestion éducative. Pour l’asthme, les médicaments de contrôle (corticostéroïdes inhalés comme le budésonide ou la fluticasone) réduisent l’inflammation à long terme, tandis que les bronchodilatateurs de secours (comme le salbutamol) soulagent les symptômes lors d’une crise. Pour la MPOC, les bronchodilatateurs à longue durée d’action constituent le traitement de fond principal.
L’autogestion — apprendre à reconnaître les signes précoces d’aggravation, à ajuster les comportements et à utiliser correctement les inhalateurs — améliore concrètement la qualité de vie. Des guides d’autogestion des infections respiratoires aiguës sont également disponibles en plusieurs langues dans le réseau québécois, notamment dans le cadre du programme PATIenTS, pour aider à gérer les symptômes à domicile de façon sécuritaire.
Prévention : réduire son risque au quotidien
La prévention des maladies respiratoires combine plusieurs stratégies complémentaires. La vaccination contre la grippe, la COVID-19 et, pour les populations ciblées, contre le VRS (notamment via le nirsévimab pour les nourrissons à risque élevé), demeure la mesure la mieux documentée pour réduire les hospitalisations. L’arrêt du tabac est la démarche la plus efficace pour freiner la progression de la MPOC. Réduire l’exposition aux polluants intérieurs (moisissures, produits ménagers irritants) et extérieurs (qualité de l’air) contribue également à la prévention, en particulier pour les personnes déjà atteintes d’une maladie respiratoire.
Quand consulter et qui contacter au Québec
Pour des symptômes persistants mais non urgents — toux qui dure plus de trois semaines, essoufflement progressif, respiration sifflante récurrente —, un rendez-vous avec votre médecin de famille dans un GMF (groupe de médecine de famille) ou une consultation en clinique sans rendez-vous est appropriée. Le 811 (Info-Santé) permet d’obtenir l’avis d’une infirmière en tout temps. Une douleur thoracique aiguë, une détresse respiratoire sévère ou une altération de la conscience justifient un appel immédiat au 911.
Questions fréquentes sur les maladies respiratoires
Qu’est-ce que l’asthme professionnel et qui est le plus à risque ?
L’asthme professionnel est une forme d’asthme causée ou aggravée par des agents inhalés au travail — agents sensibilisants comme la farine, le latex ou les isocyanates. Les travailleurs en boulangerie, coiffure, peinture, agriculture et soins de santé figurent parmi les plus exposés. Selon l’INSPQ, cette maladie fait l’objet d’une surveillance active au Québec.
Quelles sont les conséquences à long terme d’un asthme mal contrôlé ?
Un asthme non contrôlé peut entraîner un remodelage bronchique irréversible, des hospitalisations répétées, des comorbidités comme l’anxiété ou la rhinosinusite, et une réduction durable de la qualité de vie. Des corticostéroïdes inhalés utilisés régulièrement peuvent ralentir ces effets structurels selon les données actuelles disponibles.
Quelle est la différence entre l’asthme et la MPOC ?
L’asthme se caractérise par une obstruction variable et généralement réversible des voies aériennes, souvent déclenchée par des allergènes. La MPOC implique une obstruction progressive et peu réversible, surtout liée au tabagisme. Les deux maladies peuvent coexister — on parle alors de syndrome de chevauchement asthme-MPOC.
Comment savoir si mes symptômes respiratoires nécessitent une consultation rapide ?
Une douleur thoracique accompagnée d’essoufflement, une respiration très difficile au repos, des lèvres bleutées ou une confusion soudaine justifient un appel au 911. Pour des symptômes qui s’aggravent progressivement sans urgence immédiate, composez le 811 ou consultez votre GMF.
La grippe et la COVID-19 se traitent-elles de la même façon ?
Non. La grippe peut être traitée par des antiviraux spécifiques (comme l’oseltamivir) si administrés rapidement. La COVID-19 dispose de ses propres antiviraux disponibles pour certaines personnes à risque. Dans les deux cas, la vaccination préventive reste la première ligne de défense recommandée par Santé Canada.
L’asthme peut-il disparaître avec l’âge ?
Chez certains enfants, les symptômes d’asthme s’atténuent à l’adolescence, mais la maladie ne disparaît pas toujours complètement et peut réapparaître à l’âge adulte. Les données actuelles ne permettent pas de prédire avec certitude l’évolution individuelle — un suivi médical régulier reste recommandé même en période de rémission.
Ce qu’il faut retenir
Les maladies respiratoires — qu’elles soient chroniques comme l’asthme ou la MPOC, ou infectieuses comme la grippe et la COVID-19 — sont mieux gérées lorsqu’on les comprend bien. Identifier les symptômes, connaître les facteurs de risque, utiliser un plan d’action personnalisé et savoir quand consulter font toute la différence dans la qualité de vie au quotidien. Si vous gérez une maladie respiratoire pour vous-même ou un proche, un éducateur en santé respiratoire du RQESR peut vous accompagner concrètement dans cette démarche.
Cet article est publié à titre informatif et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de la santé. Pour toute question concernant votre situation, consultez votre médecin ou votre pharmacien, ou joignez Info-Santé au 811.